Premières Lignes #29

Toxique

de Niko TACKIAN

Nouveau billet pour ce rendez-vous hebdomadaire, initié par Aurélia du blog Ma Lecturothèque : les premières lignes d’un livre que j’ai lu, pioché au hasard (ou presque) sur mes étagères.
Si vous souhaitez participer aussi, n’hésitez pas à mettre un commentaire avec le lien de votre article pour que je puisse vous ajouter à la liste. 😉

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195 pages – Éditions de l’Épée – Broché – Kindle – 01/2017

Il avait beau fermer les yeux, ça lui bouffait les entrailles depuis toujours. Le froid et la peur. Le garçon filait entre les murs gris, sa tignasse épaisse trempée de sueur. il courait à en perdre haleine, les pieds nus meurtris par du gravier aux arêtes tranchantes. Il ne se souvenait plus quand ça avait commencé. Il devait avoir deux ou trois ans peut-être ? Il n’était même pas certain d’avoir connu un jour la chaleur du ventre maternel. Sa vie n’était que combat, un long et épuisant combat pour ne pas sombrer dans la folie, pour continuer à fuir entre les murs du labyrinthe sans se retourner. Derrière lui, la bête ne cesserait jamais de le traquer. Il pouvait sentir son souffle immonde dès qu’il réduisait l’allure. Et il savait que s’il abandonnait, son petit corps serait piétiné, roué de coups jusqu’à n’être plus que douleur. Alors il courait, encore et encore. Le dédale de galeries ne le menait jamais à la délivrance mais finissait par déboucher sur un jardin abandonné où se dressait un immense cerisier en fleur. Dans ce sanctuaire maudit, il pouvait enfin arrêter sa course. Ses jambes maigres et couvertes d’hématomes n’arrivaient plus à le porter, il tombait à genoux sur la terre jonchée de fruits pourris et grattait le sol avec ses mains, s’arrachant les ongles sans y prêter la moindre attention. Le sang mélangé à la chair des cerises formait une mélasse infâme mais son attention était ailleurs… Il dégageait enfin le coffret en bois clair enveloppé dans un chiffon qu’il dépliait avec mille précautions. Derrière lui, les pas lourds de la bête martelaient le sol dans un nuage de poussière rouge. Ils savait que chaque seconde était précieuse et qu’il n’y avait plus de retour en arrière possible. À l’intérieur du coffret se trouvaient deux objets : un miroir brisé et un pistolet. L’arme ne l’intéressait pas, elle était inutile contre le monstre à ses trousses. Il prenait avec délicatesse le miroir qu’une large fêlure lézardait d’un bout à l’autre, laissant présager une vie entière de malheur. Il le plaçait face à lui pour observer le reflet morcelé de son visage. Alors seulement il  voyait la bête. Son long mufle d’où s’échappait un filet de bave et de sang mêlés, ses cornes noires recourbées vers le ciel entourant une touffe de poils sombres, et surtout, ses yeux immenses aux pupilles laiteuses. Le garçon aurait voulu y lire la haine et le goût du meurtre, mais il n’y voyait que le froid et la peur. Alors il comprenait que se visage était le sien, posait le miroir dans sa boîte et hésitait quelques secondes à prendre l’arme pour la pointer contre son front immonde. Mais ce n’était pas encore le moment, il y avait beaucoup à accomplir avant d’en arriver là.

La lumière rouge fluo des néons se répandait sur le bitume humide. L’Étoile filante, c’était le nom du bar où Charline avait décidé de fêter ses vingt-deux ans avec quelques copines. Paris, en cette nuit de janvier 2016, avait quelque chose d’étrange. Comme cette terrasse de café anormalement bondée malgré le froid, et ces jeunes gens qui riaient mais jetaient des regards inquiets ici et là. Un Airbus affichait fièrement en lettres blanches sur fond noir la devise Fluctuat nec mergitur là où quelques mois plutôt s’étalait une simple image publicitaire. Depuis les massacres du 13 novembre, la ville résistait plus que jamais à l’angoisse viscérale qui s’était saisie d’elle. Charline, elle, ne pensait presque plus aux attentats ni aux centaines de victimes, elle désirait juste s’amuser, boire un verre ou deux et pourquoi pas se laisser draguer par un des garçons qui gravitaient autour de sa table. De l’autre côté de la rue, le kebab Village d’Anatolie ne désemplissait pas. Il était presque 2 heures du matin, moment où les premiers fêtards sortaient de boîte la fringale au ventre avant de finir la nuit dans un autre quartier. Le long du trottoir une file de taxis attendaient le client. Là, dans une BMW série 4 noire aux vitres teintées, Bob Müller fumait sa clope tranquillement en observant la terrasse de l’Étoile filante. Tout roulait comme prévu. Il avait loué cette voiture chez Budget sous un faux nom et avec un permis de conduire bidon. Il lui avait fallu moins de trente minutes pour installer l’indicateur lumineux taxi et il s’était même offert le luxe d’une course avec des touristes américains « pour le fun ». Le couple de retraités s’était étonné qu’il ne possède pas de compteur électronique en état de marche, et pour cause, il avait acheté le sien dans un magasin de farces et attrapes. Il leur avait bradé la course à moitié prix. Bob en souriait encore en tirant sur sa Marlboro light. Il aurait très bien pu arrondir ses fins de mois avec ce boulot « normal ». Mais il ne faisait pas le taxi pour grappiller un peu d’argent au black, il avait d’autres projets en tête, beaucoup plus excitants, qui ce soir portaient le nom de Charline. Bob n’arrivait pas à détacher les yeux du corps de la jeune femme. Elle était moulée dans une petite jupe noire sur d’épais collants en laine et portait un perfecto en cuir cintré au-dessus des hanches. Une ligne parfaite ! Cette fille l’excitait déjà mais il fallait qu’il se calme, qu’il reste vigilant jusqu’au moment où il serait tranquille avec elle. Là, il pourrait laisser éclater son désir, sa violence. Il jeta un coup d’oeil rapide au siège passager où se trouvaient alignés un rouleau de ruban adhésif, un Taser électrique d’une puissance de sept mille volts et un couteau de cuisine. De l’autre côté de la rue, Charline se leva pour commander une dernière bière. Le bar allait fermer dans moins de  trente minutes. La jeune femme rigolait avec ses amies pendant que Bob jetait le mégot de sa cigarette et remontait la vitre teintée. Qu’elle profite encore un peu de son insouciance. Il allait bientôt la lui voler pour toujours.

4ème de couverture :
Janvier 2016. La directrice d’une école maternelle de la banlieue parisienne est retrouvée morte dans son bureau. Dans ce Paris meurtri par les attentats de l’hiver, le sujet des écoles est très sensible. La Crim dépêche donc Tomar Khan, un des meilleurs flics de la Crim, surnommé le Pitbull, connu pour être pointilleux sur les violences faites aux femmes. À première vue, l’affaire est simple. « Dans vingt-quatre heures elle est pliée », dit même l’un des premiers enquêteurs. Mais les nombreux démons qui hantent Tomar ont au moins un avantage : il a développé un instinct imparable pour déceler une histoire beaucoup plus compliquée qu’il n’y paraît.

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

• Au baz’art des mots
• Light & Smell
• Les livres de Rose
• Lady Butterfly & Co
• Le monde enchanté de mes lectures
• Cœur d’encre
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