Premières Lignes #31

L’expérience Cendrillon

de Sébastien FRITSCH

Nouveau billet pour ce rendez-vous hebdomadaire, initié par Aurélia du blog Ma Lecturothèque : les premières lignes d’un livre que j’ai lu, pioché au hasard (ou presque) sur mes étagères ou dans mes e-books.
Si vous souhaitez participer aussi, n’hésitez pas à mettre un commentaire avec le lien de votre article pour que je puisse vous ajouter à la liste. 😉

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244 pages – Éd. Fin Mars Début Avril – Poche – Kindle – 11/2017

Habituée à réagir vite, et ce, quelle que soit l’heure, Milica s’éveilla au premier craquement dans le couloir. Elle se redressa ; une main la bâillonna et rabattit sa tête contre l’oreiller.
« Ne dis rien, lui susurra Grégoire. Ils viennent pour moi, mais ils ne t’épargneront pas. Sauve-toi par la salle de bains, par la fenêtre ; et prends le sac gris sur le portemanteau. Ne te soucie pas de moi : ça devait arriver et je suis préparé. »
Il ôta sa main de son visage et l’éjecta violemment hors du lit. La porte de la chambre fut projetée contre le mur à cette même seconde. Deux coups de feu retentirent. Milica fusa vers la salle d’eau, verrouilla derrière elle, happa le sac, monta sur la baignoire, ouvrit la petite fenêtre, y passa les pieds, les jambes et puis la taille, se tourna sur le ventre ; sous la porte apparut alors un rai de lumière. Quatre pas lourds ; une main impatiente agitant la poignée ; un coup de poing rageur.
Elle glissa son corps tout entier par l’embrasure, prit appui sur le pin qui poussait dans la pente. Elle tira le sac ; une nouvelle détonation résonna. Elle devina le verrou détruit, entendit le coup de pied qui repoussait la porte ; mais elle n’était plus là pour voir qui la traquait : coulant de branche en branche jusqu’au pied du grand arbre, elle avait atteint le sol et s’était élancée, droit devant elle, le plus vite possible.

La nuit était sombre et elle n’avait jamais parcouru la forêt à une telle allure : elle trébucha trois fois, s’écorcha les bras et se cogna sur le front sur des dizaines de branches ; mais après chaque obstacle, se relevant ou déviant sa trajectoire, elle reprit sa course. Aucune douleur n’importait : elle ne sentait que la peur.
Qui donc avait pu choisir d’apporter une telle violence dans la vie si tranquille qu’elle s’était construite avec Grégoire ? Et comment celui-ci pouvait-il s’y être préparé sans rien lui en dire ? Et se préparer à quoi ? Pour quelle raison ? À cause de qui ? Dans l’esprit de Milica, toutes ces questions ne constituaient qu’un entrelacs confus d’idées, mais suffisamment net pour envenimer sa frayeur ; et la pousser à garder le rythme.
Elle arriva en vue de la route. Malgré l’obscurité, elle distingua nettement la fin de la zone boisée. Elle ressentit un net soulagement – il lui serait plus facile de courir sur le bitume –, mais aussitôt une nouvelle crainte vint la saisir : les tueurs qui avaient assailli sa maison s’en éloigneraient obligatoirement en passant par ici ; tout en restant concentrée sur sa course, il lui faudrait se tenir continuellement en alerte pour ne pas se laisser surprendre.
Elle monta le talus en trois enjambées souples et s’engagea sur le macadam d’une foulée encore plus vive. Combien de temps avait-elle couru entre les arbres ? Dis minutes ? Un quart d’heure ? Une demi-heure ? Elle n’en ressentait aucune fatigue. Seulement cette peur. Toujours cette peur.

Elle parcourut plus d’un kilomètre sans entendre le moindre bruit de moteur. Ce silence ne la rassurait pas. Pour quelle raison les agresseurs se seraient-ils attardés chez elle ? Avaient-ils un autre but que de s’en prendre à Grégoire ? Lui voler un objet, un secret ? Quelque chose qu’il lui aurait dissimulé, à elle, sa femme, alors qu’elle-même plaçait en lui une confiance totale ?
Et si les assaillants prenaient leur temps pour la simple raison qu’ils avaient d’autres moyens de la coincer ? Des complices, embusqués dans un chemin creux au bord de cette même route, et dans les bras desquels elle allait se jeter comme une imbécile ? Elle s’arrêta net, tétanisée. Comment sortir de ce piège ? Deux phares apparurent à deux cents mètres au détour d’un virage. Elle se propulsa dans le fossé et se plaqua au sol. Elle tourna légèrement la tête pour maintenir sa bouche hors du fond d’eau épaisse qui stagnait là ; et elle ne bougea plus.
Il ne fallut qu’une poignée de secondes à la voiture pour être à sa hauteur. Un coup de frein sec fit crisser le bitume à la verticale de sa cachette. Elle entendit le grincement d’une portière. Le moteur tournait toujours. Quelques pas. Aucun doute : le chauffeur l’avait vu sauter. Il n’avait plus qu’à l’abattre, comme un lapereau naïf enlisé dans la boue.
« Milica ? »
Elle reconnut la voix du docteur Zivkovic.

4ème de couverture :
Fuir : Milica n’a pas d’alternative. Parce que son mari est mort, dans sa maison réduite en cendres. Parce qu’elle ne sait ni qui l’a rendue veuve ni qui pourrait lui venir en aide. Parce que dans chaque ville qu’elle traverse, d’un bout à l’autre de l’Europe, de nouvelles questions se lèvent et de nouveaux cadavres tombent. Alors, elle continue. Sans savoir si sa course la rapproche de la délivrance ou de sa propre fin.

Prix Virtuel du Polar 2017

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