Premières Lignes #33

Si ça saigne

de Stephen KING

Nouveau billet pour ce rendez-vous hebdomadaire, initié par Aurélia du blog Ma Lecturothèque : les premières lignes d’un livre que j’ai lu, pioché au hasard (ou presque) sur mes étagères ou dans mes e-books.
Si vous souhaitez participer aussi, n’hésitez pas à mettre un commentaire avec le lien de votre article pour que je puisse vous ajouter à la liste. 😉

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458 pages – Éd. Albin Michel – Broché – E-book – 02/2021

Ma ville natale n’était qu’un village de six cents âmes environ (et c’est toujours le cas, bien que j’en sois parti), mais nous avions Internet, comme dans les grandes villes, si bien que mon père et moi recevions de moins en moins de courrier. La plupart du temps, M. Nedeau n’apportait que le Time chaque semaine, des prospectus, et les factures mensuelles. Mais à partir de 2004, lorsque, à neuf ans, je commençai à travailler pour M. Harrigan, qui habitait plus haut sur la colline, je fus certain de recevoir au moins quatre lettres par an, à mon nom, rédigées à la main. Une carte de Saint-Valentin en février, une carte d’anniversaire en septembre, une carte Thanks-giving en novembre, et une carte de Noël, juste avant ou juste après les fêtes. Chaque carte contenait un ticket à gratter de la loterie de l’état du Maine, d’une valeur d’un dollar, et la signature était toujours la même : Avec les salutations de M. Harrigan. Simple et conventionnel.
La réaction de mon père était toujours la même, elle aussi : il riait et levait les yeux au ciel avec bonhomie.
« C’est un radin », dit-il un jour.
Je devais avoir onze ans, soit deux ans après les premières cartes. »Il te paie une misère et il t’offre des primes de misère… Des tickets Lucky Devil achetés chez Howie. »
Je fis remarquer que l’un de ces quatre tickets à gratter rapportait généralement deux ou trois dollars. Quand ça arrivait, mon père allait chercher l’argent à ma place chez Howie car les mineurs n’avaient pas le droit de jouer à la loterie, même si on leur offrait des tickets. La fois où je décrochai le gros lot – cinq dollars –, je demandai à mon père de m’acheter cinq autres tickets à gratter. Il refusa sous prétexte que s’il encourageait mon addiction au jeu, ma mère se retournerait dans sa tombe.
« Déjà que Harrigan s’en charge, ajouta-t-il. Et puis, il devrait te payer sept dollars de l’heure. Peut-être huit. Dieu sait qu’il peut se le permettre. Cinq dollars de l’heure, c’est peut-être légal, vu que tu n’es encore qu’un gamin, mais certains pourraient considérer ça comme de la maltraitance.
– J’aime bien travailler pour lui, répondis-je. Et je l’aime bien lui aussi, papa.
– Oui, je comprends. Et lui faire la lecture et tondre son jardin ne fait pas de toi un Oliver Twist du vingt-et-unième siècle. N’empêche, c’est un radin. D’ailleurs, je m’étonne qu’il dépense des timbres pour envoyer ces cartes, alors qu’il y a moins de cinq cents mètres entre sa boîte aux lettres et la nôtre. »
Nous étions en train de boire un verre de Sprite sur la véranda quand nous avons eu cette conversation, et mon père a tendu le pouce vers la route (de terre, comme la plupart des routes de Harlow) qui conduisait à la maison de M. Harrigan. Ou plutôt la demeure, je devrais dire, avec sa piscine intérieur, sa véranda, son ascenseur vitré dans lequel j’adorais monter, et la serre derrière, là où il y avait une salle de traite autrefois (c’était avant ma naissance, mais mon père s’en souvenait bien.)
« Tu sais bien qu’il a un gros problème d’arthrite, dis-je. Maintenant, il est parfois obligé de se déplacer avec deux cannes. Marcher jusqu’ici, ça le tuerait.
– Dans ce cas, il pourrait te remettre ces foutues cartes en main propre. » Il n’y avait aucune agressivité dans ces paroles, papa disait ça pour rire. M. Harrigan et lui s’entendaient très bien. Mon père s’entendait très bien avec tout le monde à Harlow. C’était sans doute ce qui faisait de lui un bon vendeur. « Dieu sait que tu passes assez de temps là-bas.
– Ce serait pas la même chose.
– Ah bon ? Pourquoi ?

4ème de couverture :
Les journalistes le savent : si ça saigne, l’info se vend. Et l’explosion d’une bombe au collège Albert Macready est du pain bénit dans le monde des news en continu. Holly Gibney, de l’agence de détectives Finders Keepers, travaille sur sa dernière enquête lorsqu’elle apprend l’effroyable nouvelle en allumant la télévision. Elle ne sait pas pourquoi, mais le journaliste qui couvre les événements attire son attention…

Quatre nouvelles magistrales, dont une suite inédite au thriller L’Outsider , qui illustrent une fois de plus l’étendue du talent de Stephen King.

Les blogueurs et blogueuses qui y participent aussi :

• Au baz’art des mots
• Light & Smell
• Les livres de Rose
• Lady Butterfly & Co
• Le monde enchanté de mes lectures
• Cœur d’encre
• Les tribulations de Coco
• Vie quotidienne de Flaure
• Ladiescolocblog
• Selene raconte
• La Pomme qui rougit
• Les lectures d’Emy
• Aliehobbies
• Ma petite médiathèque
• Pousse de ginkgo
• À vos crimes
• L’univers de Poupette
• Le parfum des mots
• Chat’Pitre
• Les lectures de Laurine
• Lecture et Voyage
• Eleberri
• Les lectures de Nae
• Prête-moi ta plume
• Tales of Something
• Ju lit les mots
• Read For Dreaming

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